MEZZANOTTE

Critique Cinéma par VICTORIA MAS

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MEZZANOTTE, quand l’histoire vraie ne suffit pas

Davide a quatorze ans et ne ressemble pas aux garçons de son âge : il a les traits androgynes, la peau porcelaine et les cheveux couleur fauve. Une différence inacceptable aux yeux de son père qui, pour contrer cette délicatesse malvenue, humilie son fils à coups d’injures et d’injections de testostérone.

Incapable de trouver refuge dans les bras de sa mère, Davide s’isole dans le grenier de sa maison où il s’est secrètement bâti un monde – son monde, fait de miroirs et photographies, de perles et diamants, de tissus en couleurs et de musique. À l’abri dans cette loge d’artiste, il prend place sur une scène de fortune et chante pour un public invisible, jusqu’à ce que la voix de son père couvre la sienne et le rappelle à la réalité.

Las de la violence paternelle, Davide finir par fuir et se retrouve dans la rue. Des vinyles dans son sac pour seuls baggages, il se lie d’amitié avec un groupe de marginaux ; auprès d’eux, il découvre un monde ignoré au sein d’un parc de Catane nommé Villa Bellini.

 

Mezzanotte (minuit, en italien) retrace via flashbacks le parcours d’un jeune héros aux airs d’enfant sauvage de Truffaut : les scènes de sa vie de famille  (un quotidien oppressant entre quatre murs aseptisés et bercés d’un bourdonnement sonore incessant) s’alternent avec les scènes au sein de sa nouvelle famille adoptive : homosexuels et travestis, drogués et dealers, prostitué(e)s et proxénètes.

Dans une scène rappelant Tout sur ma mère, le réalisateur italien, comme son homologue espagnol, met en exergue ces exclus excentriques vivant en marge d’une société qui se refuse à les voir et à les intégrer. Le jeune Davide pense un moment que sa différence a trouvé sa place parmi la leur, jusqu’à ce que la réalité le rattrape.

 

Premier long-métrage de Sebastiano Riso, Mezzanotte est largement autobiographique et assumé. « Ce film s’inspire d’une histoire vraie » précise une note en ouverture. Et c’est bien le problème du film.

L’histoire et le protagoniste semblent tenir tant à coeur au cinéaste qu’ils manquent respectivement de distance et de profondeur. Le spectateur voit défiler une palette de personnages qui, certes non conventionnels, manquent néanmoins de caractérisation et en deviennent aussi caricaturaux. Au fil d’une narration décousue où la chronologie des évènements laisse perplexe, le cinéaste use de ressorts conventionnels qui faillent à émouvoir (le père tyrannique sans coeur, la mort inexpliquée d’un des amis de Davide.)

Si l’intrigue de départ et l’esthétique singulière laissaient à priori croire à une première oeuvre prometteuse, Mezzanotte tombe dans l’écueil du film à inspiration autobiographique : la complaisance. Plus dommage encore :  malgré un sujet pourtant sensible et d’actualité, son traitement lisse et en surface échoue à faire passer un véritable message.

Victoria Mas

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Mezzanotte

De Sebastiano Riso

Avec Pippo Delbono, Vincenzo Amato

Durée 1h34

Sortie le 24 Juin 2015

Outplay Distribution

Semaine de la Critique Cannes 2014

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